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Le relief du désir

Sculpteur de songes, Charles Mons capte l’écorce des regards, la falaise des corps, la crête des plaisirs singuliers. D’un œil toujours pudique, cet observateur des sens fige les méandres d’une sexualité souvent décriée.

Membres dissimulés à demi, visages masqués, poignets liés, chairs lunaires. Le clair obscur des corps oscille entre érotisme partagé, soumission volontaire, verbe directif et abandon lascif. 

Un labyrinthe du sensible, mal connu, cousu de clichés, souvent jugé. En observateur discret, presque invisible, Charles Mons s’immerge –et nous avec- dans un univers hypnotique. Là beauté, laideur, décence, indécence n’ont pas cours. Ici, les comparatifs manichéens perdent leur substance. Reste une trace furtive de l’éphémère en Noir et Blanc. Corps sublimés, désirés, malmenés, éclatants d’érotisme.

A mille lieues des images publicitaires déclinées à l’infini de l’uniforme ; ces êtres incrustent avec véhémence leur singularité sur la pellicule. 

En anthropologue des temps moderne, Charles Mons érotise la monstruosité d’une forme de sexualité, non pas dans un sens péjoratif mais inédit. Il erre en zone trouble, à l’exact opposé des fantasmes de bon aloi, peuplé de nymphes lisses et aguicheuses. En apprivoisant ces corps du regard, Charles Mons révèle des fragments d’âmes tourmentées.

Ses clichés esthétisés à l’extrême mettent le réel en exergue. Ainsi distancié d’un univers suscitant crainte et fantasme, le photographe en retire l’essence, sans artifices. Charles Mons ne ment pas, ne met pas en scène, mais témoigne d’une réalité propre. Il redessine les contours de ces êtres hypnotiques avec un polaroïd et des pinceaux lumineux. 

Soucieux de la matière, le photographe ne fait jamais sur un ordinateur ce qu’il ne pourrait faire à l’agrandisseur. Fort de cet éclairage, la sexualité même exprimée de façon violente reste un mystère. De cette alchimie jaillit une aura presque palpable.

En déambulant sur le fil de ces images, le spectateur non averti en ressort troublé peut-être, choqué parfois, fasciné certainement. 

De la paume du visible, Charles Mons caresse la géologie des corps, le relief du désir.

 

Aurélie Noailly